Lors de l’Assemblée générale du 20 avril 2018, Dina Neuenschwander a été élue nouvelle présidente de la ASMF.

Après quatre ans passés ensemble à la co-présidence, Katharina Jeger et Cilgia Schorta se retirent toutes les deux et se réjouissent de passer le flambeau à une médiatrice jeune et motivée. D’autre part, un nouveau membre a été élu au Comité, en la personne de Patricia Bally. Cilgia Schorta poursuit sa fonction en tant que secrétaire de l’association. 

 

La deuxième partie de l’Assemblée générale de cette année a été constituée d’une table ronde consacrée au thème « Les situations hautement conflictuelles ». En introduction, Tanja Lutz, membre du Comité, a présenté son étude intitulée « Médiation ordonnée dans la protection de l’enfant en droit civil ».  

 

L’étude peut être consultée (existe seulement en allemand). Voir PDF à la fin de cet article.

 

La discussion de la table ronde

 

Cilgia Schorta (CS) souhaite la bienvenue à tous les participant-e-s à la table ronde et fait une courte présentation des intervenants:

 

-   Gérard Demierre (GD), travaille depuis 2004 en tant que médiateur pour le „Bureau de la médiation pénale pour mineurs“ du canton de Fribourg. De plus, depuis 2011, il est médiateur indépendant, inscrit au tableau des médiateurs assermentés du canton de Fribourg. Les tribunaux civils lui confient des cas de médiation familiale, souvent hautement conflictuels. Ces médiations se déroulent parfois en parallèle avec une médiation pénale.     

 

-   Beatrice Rinderknecht (BR), travaille en tant que médiatrice indépendante et est membre du groupe spécialisé « Médiation ordonnée Zurich ».

 

-   Raymund Solèr (RS), travaille en tant que médiateur indépendant et est responsable de la formation en médiation à l’institut IEF à Zurich. Il est également membre du groupe spécialisé « Médiation ordonnée Zurich » et y travaille en co-médiation avec Beatrice Rinderknecht.

 

-   Monika Diener (MD), travaille en tant que médiatrice indépendante. Pour les services de soutien auprès de l’autorité de protection de l’enfant et de l’adulte du canton de Zoug, où elle a travaillé, elle a élaboré un concept pour accompagner et soutenir les couples impliqués dans une situation hautement conflictuelle. Elle est membre du « groupe de travail Médiation Zurich » et propose des co-médiations avec un médiateur ayant une formation de juriste.

 

CS: Prenons le cas où vous recevez une demande d’une APEA avec l’information qu’une ordonnance exhortant les parents à tenter une médiation a été édictée conformément au CC. Vous savez que les médiés ont reçu cette ordonnance. Lisez-vous cette ordonnance ? Si oui, en entier, ou seulement partiellement ?

 

MD: Je lis cette ordonnance d’une manière particulière. C’est-à-dire que pendant la lecture, j’essaie de me représenter le cas et de la visualiser. Lorsque de la première rencontre avec les médiés, je mentionne l’ordonnance, j’en discute avec eux et je partage mes réflexions avec eux.

 

RS: Les ordonnances que nous recevons sont très différentes les unes des autres, p.ex. en ce qui concerne la longueur de leur contenu. Le mandat peut être libellé : « Amélioration de la communication et de la coopération ». Il est rare qu’il y ait plus que cette mention. Si cela se limite à ce libellé, je passe brièvement en revue de quoi il s’agit.

 

BR: Je procède de manière similaire, sauf s’il y a des avocats et que ceux-ci ont p.ex. fait opposition à l’ordonnance de médiation. Je lis toujours le mandat, car il est important. Mais je ne consulte jamais le dossier.

 

GD: Avant que les autorités n’édictent une ordonnance, elles prennent toujours contact avec moi par téléphone, pour s’assurer que je suis disposé à accepter le mandat. Je reçois ainsi des informations préliminaires, p.ex. au sujet du nombre des enfants. Je prends quelques notes au sujet de ce qui a été communiqué au téléphone et prépare un brouillon. Après environ deux mois, je reçois l’ordonnance, qui me donne plus d’informations, p.ex. sur d’autres personnes impliquées. Alors je peux me faire une idée de la situation. Pour moi, plus il y a de personnes impliquées, plus le risque d’escalade est grand. Je ne consulte jamais le dossier.

 

CS: GD, tu es retourné un peu en arrière et nous as expliqué comment se passe le premier contact entre le tribunal ou l’APEA et le médiateur. Je suppose que cette phase de premier contact se déroule de manière similaire chez vous autres aussi ?

 

Les autres participants à la table ronde confirment.

 

Complément Ida: Le canton de Genève, plus précisément les tribunaux et les APEA du canton de Genève, contrairement aux autres cantons, ne prennent pas directement contact avec les médiatrices et médiateurs, mais confient la tâche aux médiés de chercher un-e médiateur-trice. Il appartient ensuite aux médiatrices et médiateurs de prendre contact avec le tribunal ou l’APEA.

 

CS: Je reçois également des demandes pour des médiations ordonnées. Dans un cas, les médiés ne s’étaient plus vus depuis trois ans, ils ne s’étaient plus assis autour d’une table pour discuter. Des curateurs avaient été désignés. Comment vous préparez-vous au premier entretien avec les médiés dans ce cas, et comment procédez-vous ?

 

BR: Je commence toujours avec un entretien individuel. Je le mentionne dès le premier contact téléphonique et les médiés sont en général soulagés de savoir qu’il sera procédé ainsi, car souvent, ils ne se sont plus vus ou plus parlé depuis des mois. Nous travaillons toujours en co-médiation et prévoyons une durée d’une heure pour ce premier entretien. Nous laissons chaque partie en conflit décrire la situation, il est souvent difficile pour eux de se confier, avant qu’un rapport de confiance ait été établi. La relation à l’équipe des médiateurs_trices est extrêmement importante, car cela représenterait un grand stress pour eux s’ils devaient à la fois faire connaissance avec l’équipe et raconter leur histoire. Cette relation à l’équipe des médiateurs peut être renforcée au travers des entretiens individuels. Nous examinons avec eux la possibilité de s’asseoir à une table avec l’autre partie, ce que cela représente pour eux, ce dont ils ont besoin, tout particulièrement dans des situations de violences domestiques.

 

CS: Tu es justement en train de répondre à ma prochaine question, concernant les entretiens préliminaires. Comment procèdent les autres ?

 

RS: Nous faisons toujours des entretiens préliminaires individuels. Les parents sont à ce stade souvent très instables et ont besoin d’abord d’établir une relation de confiance avec les médiateurs. Parfois, il faut même procéder à plus d’un entretien individuel préliminaire, p.ex. lorsque la personne n’est pas encore prête à s’asseoir à la même table que l’autre/les autres. Il peut arriver que, après deux entretiens individuels, nous arrivions tous les deux à la conclusion que les conditions pour une médiation ne sont pas données dans un cas. C’est arrivé récemment. Nous avons dû interrompre la médiation après deux séances car la personne n’était même pas disposée à se retrouver dans la même pièce que l’autre. Il s’agissait en effet d’une situation de violence domestique et une procédure pénale avait été ouverte.

 

MD: Au sein de l’APEA de Zoug, nous avons développé un modèle prévoyant une sorte de médiation à la place de l’enquête sociale, à l’issue de l’entretien préliminaire. Nous n’effectuons pas systématiquement des entretiens individuels. Tout d’abord, j’essaie de faire une évaluation minutieuse au moyen d’un entretien par téléphone et me détermine selon les cas – en tenant compte également de l’utilité ou non d’un entretien individuel du point de vue technique. En ce qui me concerne, j’apprécie quand le couple vient ensemble au premier rendez-vous. Parfois, une co-médiation convient bien, mais parfois, cela peut également intimider les parties.

 

GD: Lorsque l’on parle de médiation ordonnée, il ne faut pas oublier qu’il s’agit de cas rares. Lorsqu’un conflit a duré des années, au détriment de l’enfant ou des enfants, l’enfant devient victime. Pour moi, l’intérêt de l’enfant est absolument au centre de mon travail et j’adapte mon approche en conséquence, en tenant compte notamment de l’attitude des parties. Quand, durant des années, les parents n’ont plus eu aucun contact, même pas par sms, il est exclu d’organiser une première rencontre. Parfois, la co-médiation avec un médiateur et une médiatrice est prescrite par le tribunal. Parfois il faut des heures d’entretiens individuels pour arriver à un setting commun. Tout cela exige du temps et de la patience. L’écoute est essentielle car, jusque-là, ni les tribunaux, ni les autorités n’ont eu le temps d’écouter véritablement les parties. Parfois, ce qui paraissait exclu au début de la médiation devient possible, p.ex. rencontrer son ex-partenaire pour discuter. J’ai eu un tel cas, où un médié refusait catégoriquement de rencontrer la partie adverse. Je vois la médiation comme une véritable chance, car elle permet d’adapter le setting aux parties. Ce n’est pas le cas devant les tribunaux, où la procédure et le setting sont prescrits et ne permettent pas une autre solution. Nous devons accepter que ces cas hautement conflictuels exigent du temps et des ressources, notamment financières. Nous devons procéder très prudemment et de manière réfléchie et adapter le setting en conséquence. En principe, je débute également par des entretiens préliminaires. Si le dossier est épais, je ne le lis pas. Mais, sur la base des informations reçues des parties et au préalable des autorités, je fais un sociogramme. Lorsque c’est hautement conflictuel – je le constate au ton dans les échanges d’e-mails -, c’est trop exiger des parties qu’elles se rencontrent autour d’une table dès la première séance. Le tribunal exhorte les parties à aller en médiation, mais les parties ne sont pas encore prêtes à s’asseoir ensemble autour d’une table. Comme nous l’avons tous constaté, les parties arrivent souvent très tard en médiation, après une longue période durant laquelle la situation entre les médiés s’est détériorée, avec beaucoup de dégâts comme conséquence. Pour moi, notre tâche de médiatrices et médiateurs est avant tout de consacrer du temps à écouter les médiés, de manière active et minutieuse, même si cela demande beaucoup de temps et exige des ressources importantes. C’est pourquoi, je reste très flexible pour le setting. Parfois, nous faisons jusqu’à trois entretiens individuels avant la rencontre de médiation.

 

MD: Je trouve important de fixer un objectif lors des entretiens individuels. À chaque fois que je pose la question : « Pourquoi êtes-vous ici ? », la réponse est toujours la même : C’est pour les enfants et pour leur bien. J’essaie de voir avec les parents comment cet objectif commun peut être une chance et de les ramener de façon répétée à ce dénominateur commun. Selon mon expérience, cette manière de faire fonctionne et incite les parents à accepter la médiation.  

 

Question Andrea: Je suis également en faveur que l’on demande aux médiés quelles sont les raisons qui les amènent en médiation et que l’on focalise la discussion sur le niveau parental. GD, lorsque tu laisses parler les parties aussi librement, n’y a-t-il pas un risque que le contenu des discussions s’oriente vers le niveau du couple, sans que l’on ne puisse plus le cadrer ?    

 

GD: Il est possible que cela arrive. Mais je ne leur accorde cette possibilité qu’une seule fois. N’oublions pas que les médiés étaient un couple et qu’ils n’ont pas eu l’occasion de parler de leurs blessures. Dans 9 cas sur 10, ces vieilles blessures de la séparation bloquent le processus et il est important pour moi qu’ils puissent en parler. J’ai vécu plusieurs situations, également avec des couples très jeunes qui se sont séparés très vite. Et l’on constate des années après que ces blessures dont ils n’avaient jamais parlé sont toujours vivaces et représentent un obstacle. Si on ne les aborde pas, ces blessures en lien avec la séparation restent présentes. Personnellement, je suis d’avis qu’il est bon que l’on nomme cela et que l’on parle de la problématique de la séparation. Pour moi, c’est un besoin et une nécessité d’aborder ces thèmes dans la médiation, cela permet aux médiés de se sentir écoutés et compris.   

 

MD: A mon avis, il est important de spécifier à quel niveau on se situe durant la discussion avec les médiés, c’est-à-dire au niveau parental ou au niveau du couple. Personnellement, j’aborde également le niveau du couple, mais j’en fais très clairement mention.

 

CS: Ma prochaine question concerne la part émotionnelle des médiateurs et médiatrices, ce que l’on appelle la « souffrance » des médiatrices et des médiateurs : En ce qui me concerne, je me sens parfois stressée lorsqu’un couple vient pour la première fois en médiation dans une situation hautement conflictuelle. Qu’en est-il pour vous ?  

 

RS: Pour moi, la co-médiation représente indubitablement un avantage. En effet, en co-médiation, la préparation à la médiation et l’échange après la séance sont essentiels. Partager des hypothèses, échanger ses réflexions. Et aussi la manière dont nous réussissons à maintenir une attitude d’écoute et se soutien. Ces deux phases d’échange avant et après la médiation sont très importantes pour moi, autant que la rencontre de médiation.  

 

CS: Alors tu es toujours très calme?

 

RS: Pas toujours très calme. Je respire profondément, deux à trois fois, et observe comment je vais ; je garde à l’esprit que je dois être attentif à comment je vais. Car si je suis tendu et que je ne vais pas bien, cela se répercute sur mes clients et eux aussi ne vont pas bien. Récemment, j’ai eu une réunion avec un couple venant d’une autre culture, et une des parties s’en est violemment prise à nous, co-médiateurs. Dans cette situation, j’ai remarqué que j’ai dû me ressaisir, que j’ai pris de la distance en me mettant à un niveau méta, d’où j’ai pu observer comment l’attitude de cette partie agissait sur moi. J’ai constaté que son attitude était contradictoire et que je n’avais pas réussi à la classer, sur le moment. Cela m’a soulagé. Ce médié a pu ensuite opter pour un autre niveau de communication et la situation s’est calmée.       

 

BR: Avec le médié qu’a mentionné RS, j’aurais été débordée en tant que femme, et c’est important que l’on puisse permuter les rôles et que RS était avec moi lors de cette séance. Le médié n’aurait certainement pas écouté une femme. En tant que médiateur, nous avons besoin de sécurité et nous devons créer un espace sécurisé pour les médiés, car ils sont souvent très énervés et vont en principe moins bien que nous. Nous leur posons des questions et essayons de réguler la discussion tout en rappelant nos règles et en nous assurant qu’ils les aient comprises et qu’ils soient d’accord avec elles. L’entretien préalable nous a permis d’être réceptif à certaines sensibilités et besoins des médiés. L’objectif est de créer un setting dans lequel les médiés se sentent le plus à l’aise possible, cela contribue en règle générale à calmer et apaiser l’atmosphère. Nous réfléchissons à la situation dans son ensemble ; nous nous préoccupons par exemple de la disposition dans la salle d’attente ou de la situation de leur venue et de leur départ, en veillant à ce qu’ils ne soient pas confrontés inutilement l’un à l’autre s’ils viennent chacun de leur côté. Les médiés doivent se sentir en sécurité à tout moment, que ce soit avant, pendant ou après la médiation.      

 

GD: Tout a déjà été dit. La diversité des couples et au sein du couple est très importante ; la co-médiation permet d’y être attentif et d’en tenir compte. Les différences culturelles représentent un défi, que l’on peut aborder également par la co-médiation. Si le tribunal me contacte et que je sais qu’une des parties est d’origine africaine, je ne travaille qu’en co-médiation. Dans ces cas, la co-médiation peut être très utile. Je reçois alors mandat du tribunal de désigner une co-médiatrice adéquate.  

 

MD: Je suis totalement d’accord avec ce qui a été dit sur la co-médiation. Parfois, je suis prise au dépourvu et tout-à-coup, cela monte en intensité et il se peut que je me détache, prenne de la distance et laisse passer un instant ; puis j’interromps clairement et demande si c’est ainsi qu’ils se comportent en cas de conflit, pour ensuite revenir aux règles convenues au début de la rencontre. Il est évident qu’il est plus simple de travailler en co-médiation. Lorsque que suis dépassée, je peux par exemple jeter un regard à mon co-médiateur, il peut me soutenir et reprendre le fil de la discussion à ce moment.

 

CS: Je désire revenir plus en détail sur le modèle dont tu nous a parlé, MD.

 

MD: J’étais à l’APEA de Zoug, et les expériences que nous avons faites ont été à la base de ce modèle. Tout d’abord, si c’est possible, les parents sont invités à un entretien sans les enfants. Nous avons constaté que, lors de ce premier entretien, très peu de choses étaient claires. Il nous a fallu tout expliquer, notamment les tenants et les aboutissants de la procédure devant les autorités. Il a fallu procéder à une évaluation approfondie et exhaustive, en mettant en lumière tous les éléments, sur une durée de plus de six mois. Il s’agit de ce qu’on appelle l’approche par diagnostic. En fait, les parents seraient motivés si on leur demandait de chercher des solutions, mais cette motivation des parents est malheureusement négligée dans l’approche d’enquête usuelle.   

Pour éviter de procéder à de longues enquêtes et évaluations, l’approche orientée solutions, elle, procède au moyen d’entretiens dits orientés solutions – avec un délai maximum de 3 mois, au rythme d’1 entretien par mois. Comme en médiation, une sélection des thèmes est effectuée. Au final, une solution élaborée par les parents est trouvée. Si ces entretiens orientés solutions ne produisent aucun résultat, le cas est renvoyé aux autorités. L’expérience montre qu’il y a de grandes chances que les parents arrivent à trouver une voie ensemble. Très souvent, il a été possible de trouver des solutions sans faire un grand détour par l’étape des enquêtes et évaluations. Tous les participants ont été informés au départ qu’un feed-back aux autorités sera effectué. Cela est clarifié à l’avance. Il est annoncé en toute transparence que les informations seront transmises aux autorités, notamment au sujet les thèmes retenus et abordés. Dans certains cas, il a été possible déjà au stade du deuxième entretien de déterminer ce qui était nécessaire pour trouver une solution commune. A mon avis, il est essentiel de donner aux parents l’espoir qu’ils puissent participer au processus, qu’ils ont voix au chapitre, et que cela représente une chance pour leurs enfants. Depuis, cette manière de procéder est toujours appliquée dans le canton de Zoug. Remplacer une évaluation sociale de la situation – qui ne change rien au fait que celle-ci est problématique – par une médiation en cours de processus est tout-à-fait judicieux, à mon avis. Nous avons fait de très bonnes expériences avec cette approche. Certes, elle n’est pas forcément adéquate partout, mais les médiatrices et médiateurs familiaux qui travaillent à l’APEA l’appliquent, en choisissant le processus de médiation au lieu de procéder à de longues évaluations. Ce n’est cependant pas une obligation. Mais c’est un procédé qui est apprécié par toutes les parties en présence. Il ne s’agit pas de constater une faute ou une culpabilité. Il peut également arriver que, à la fin de ce processus, une mesure soit prise, qui sera appliquée en conséquence. Je suis profondément convaincue de ce modèle, que nous avons développé en détail. Un membre de l’autorité avait suivi une formation à la médiation, c’est pourquoi la graine de la médiation était déjà plantée et l’esprit favorable déjà présent au sein de l’APEA de Zoug. Ce modèle n’exclut pas la participation des enfants à la médiation, mais ce n’est pas vraiment inclus dans les modalités d’application. L’audition des enfants est un thème en soi.           

 

Complément Laura: Je souhaite ajouter quelque chose sur le bien de l’enfant. Nous avons dit qu’il convient de différencier comment travailler avec le couple. Je suis évidemment d’accord avec ce qui a été dit. En tant que sociologue familiale, je désire apporter un complément. Lorsque l’on analyse le conflit des parents, on ne peut pas dire que le conflit des parents ne concerne pas le conflit au sujet des enfants. Lorsque l’on écoute les parents, on entend à quelle place se situe le bien des enfants. Ce conflit est à considérer différemment dans chaque situation hautement conflictuelle. Je pense qu’il est judicieux de travailler avec le concept du bien de l’enfant, comment la famille le comprend et le connaît – aussi culturellement parlant. Il y a différentes manières de vivre la famille et d’organiser la vie de famille. Par exemp, si nous sommes en présence d’une famille qui s’est organisée comme un système symbiotique : si les parents se séparent, il n’y a plus de place pour le parent qui ne vit plus avec les enfants. Si nous disons alors « Tu dois penser au bien de l’enfant », nous arrivons probablement à nos limites. Je pense qu’il faut que nous soyons attentifs lorsque nous parlons du bien de l’enfant et que nous le déconnectons du niveau du couple.       

 

Question: Nous parlons ici de médiations ordonnées, qui vont être de plus en plus utilisées. Depuis une année, il y a la possibilité des sanctions. De quoi s’agit-il ? Est-ce simplement un rapport de la situation ?

 

MD: Je ne souhaite pas envisager cette possibilité comme une peine. Il est plutôt question de transparence. Nous prenons le temps durant trois séances d’examiner ce que la famille peut gérer elle-même et où un besoin de protection est nécessaire. De quoi cette famille a-t-elle besoin ? Que manque-t-il ? Y a-t-il besoin d’une curatelle ? Nous en parlons clairement et cherchons à trouver ensemble quel type d’aide et de soutien pourrait être nécessaire pour cette famille. Le vocabulaire utilisé est différent. Il s’agit de désigner par son nom la solution au besoin de protection des parents et des enfants.

 

Question: On décrit l’état de la situation, et que se passe-t-il si les parties ne comprennent pas?

 

MD: Si l’état de la situation est déplorable et si les parents ne comprennent pas, la médiation laisse la place à une intervention des autorités. Si une telle situation se dessine déjà après le premier entretien, une séance avec un membre de l’autorité est organisée rapidement, durant laquelle nous faisons savoir que la médiation n’apparaît pas comme la meilleure option. Nous avons constaté qu’à ce stade, la médiation ne fonctionne pas et nous revenons dans ce cas à l’étape de l’enquête et de l’évaluation.  

 

Question Sepp: Je trouve cette thématique passionnante. Cependant, je me demande si nous devons remettre en question notre compréhension de la médiation et, dans ce contexte, la compréhension de la parentalité. Nous partons de l’hypothèse que des parents sont capables de s’asseoir à la même table et d’élaborer ensemble des solutions. Pourtant, nous savons par expérience que certains parents ne sont pas ou plus en mesure de le faire. Ce sont ces parents que l’on trouve dans des situations hautement conflictuelles. Sommes-nous des médecins posant le constat « Vous auriez dû venir une année plus tôt, maintenant il est trop tard et nous ne pouvons plus rien faire » ? Ou devons-nous chercher d’autre modèles, tel que celui de la Shuttle-Mediation ? Je trouve le modèle développé dans le canton de Zoug très bien et je me demande si l’éventail ne devrait pas être ouvert à d’autres approches. 

 

BR: As-tu fait des expériences concrètes à ce sujet? En ce qui me concerne, j’ai effectué une fois une Shuttle-Mediation en essayant de travailler à une solution commune avec les médiés, mais cela n’a pas eu un grand effet.

 

Complément Sepp: Non, je n’ai malheureusement aucune expérience concrète à ce sujet.

 

CS: Selon mon expérience, la volonté des médiés de participer à la médiation est nécessaire, sinon cela ne fonctionne pas.

 

Complément Sepp: Cette volonté n’est souvent pas effective au début de la médiation et il est indispensable de l’établir. S’ils ne sont pas disposés, alors un élément essentiel de notre travail fait défaut. 

 

RS: Tout particulièrement dans les cas de situations hautement conflictuelles, il est nécessaire d’ouvrir notre boîte à méthodes et de la compléter avec des outils d’autres domaines proches. Nous partons toujours de l’idée que les parents doivent coopérer. Mais peut-être que les parents peuvent vivre avec une parentalité parallèle et dans ce cas, une Shuttle-Mediation peut aider à discuter de cette situation.  

 

Complément: Une étude de Hanspeter Bernhardt prône de prendre de la distance avec le modèle conflictuel pour appliquer celui de la co-existence avec les médiés. Si au cours de la médiation et dans la durée, les parties arrivent à coopérer, c’est à saluer, mais ce n’est pas forcément l’objectif annoncé au départ.

 

Question: Qui paie les coûts de la médiation et qu’en est-il lors de co-médiations?

 

GD: L’article 218 al. 2 CPC prévoit clairement les conditions de la gratuité. Les cantons doivent appliquer cette disposition légale, qui est claire et ne laisse pas de marge d’appréciation. Chez nous, dans le canton de Fribourg, il n’y a pas de discussions car les tarifs sont fixés. En cas de co-médiation, c’est le double du tarif qui s’applique. Nous devons encore faire des efforts pour que la gratuité de la médiation soit accordée dans les affaires concernant la protection de l’enfant. Le canton de Fribourg est un pionnier, bien qu’il ne soit pas un canton riche. Le canton a adopté des dispositions plus détaillées.

Les tarifs pour la médiation sont de CHF 130.-/heure, en conséquence de CHF 260.-/heure pour une co-médiation. 

 


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